Un gourmand, c’est cette petite tige qui pousse à l’aisselle d’une feuille, entre la tige principale et la feuille. Beaucoup de jardiniers débutants hésitent à l’enlever, pensant qu’il va affaiblir la plante. En réalité, cette tige latérale produit aussi des fleurs et donc des fruits. Elle permet à la plante de s’étoffer en largeur, de prendre plus de surface au sol. Si vous la laissez, elle devient une nouvelle branche, avec son propre cycle de floraison. La question n’est donc pas de savoir si c’est une mauvaise herbe, mais si vous voulez contrôler la forme et la productivité de votre plant.
Tailler les gourmands : pour qui et pour quoi ?
La technique de l’égourmandage vient des maraîchers professionnels. Leur objectif n’est pas de faire plaisir à la nature, mais d’optimiser la récolte. En supprimant les gourmands, ils concentrent toute l’énergie de la plante sur la tige principale. Cela donne des fruits 10 à 20 % plus gros, une récolte plus précoce et des tomates qui mûrissent plus vite. En serre, certains producteurs atteignent jusqu’à 70 kg de tomates par mètre carré, un rendement impossible à obtenir avec des plants non taillés.

Tailler permet aussi de gagner de la place au sol. En conduisant les plants sur une seule tige, on peut les planter plus serrés (tous les 40 cm environ) et les faire grimper sur des cordes ou des tuteurs. C’est idéal si vous avez un petit potager ou une serre, et que vous voulez multiplier les variétés.
Les risques à ne pas négliger
Mais tailler n’est pas anodin. Chaque coupe crée une plaie qui doit cicatriser. Par temps humide, ces plaies peuvent devenir des portes d’entrée pour le mildiou ou d’autres maladies cryptogamiques. Il faut donc impérativement tailler un jour sec et ensoleillé, et pas en période de pluie. Les gourmands de plus de 0,5 cm de diamètre laissent des cicatrices plus grandes, donc plus risquées.
Autre inconvénient : le temps passé. Tailler tous les gourmands d’un plant demande de la régularité et de la patience. Si vous oubliez une semaine, les gourmands deviennent des branches qu’il faudra couper en laissant une grosse plaie. Et si vous taillez tout, vous risquez d’obtenir des plants de 4 mètres de haut en fin de saison, ce qui n’est pas pratique pour récolter.
Ne pas tailler : un choix plus naturel, mais pas sans contrainte
Laisser les gourmands, c’est laisser la plante se développer librement. Les avantages sont réels : moins de travail, pas de risque de blessure, une plante qui fait de l’ombre au sol et limite l’évaporation (donc moins d’arrosage). Les fruits sont plus nombreux par plant, même s’ils sont légèrement plus petits et mûrissent plus tard. Certains jardiniers amateurs constatent même une meilleure résistance aux maladies quand ils ne taillent pas, car la plante garde toute sa surface foliaire pour capter l’énergie solaire.
Mais attention : ne pas tailler a aussi ses inconvénients. La mauvaise circulation de l’air au cœur de la plante favorise l’humidité stagnante. C’est un terreau idéal pour le mildiou, surtout dans les régions humides ou après une période de pluie. Les fruits mûrissent souvent tous en même temps en fin de saison, ce qui peut poser un problème de gestion des récoltes. Et vous aurez plus de tomates vertes à l’arrivée de l’automne.
Un compromis souvent oublié : tailler sur plusieurs tiges
Le débat entre « pour » et « contre » est un faux dilemme. La plupart des jardiniers expérimentés adoptent une position nuancée : ils conduisent leurs plants sur 2, 3, 4 ou 5 tiges. Concrètement, vous gardez les deux ou trois premiers gourmands les plus vigoureux, et vous supprimez tous les autres. Cela donne une plante buissonnante mais pas trop dense, avec un bon équilibre entre nombre de fruits et maturité.
Voici un tableau récapitulatif pour vous aider à choisir selon votre situation :

| Critère | Tailler tous les gourmands (1 tige) | Tailler sur 3-4 tiges | Ne pas tailler du tout |
|---|---|---|---|
| Taille des fruits | Plus gros (+10 à 20 %) | Moyenne | Plus petits |
| Nombre de fruits par plant | Moins nombreux | Élevé | Très élevé |
| Maturité | Précoce et étalée | Étalée | Tardive et groupée |
| Risque de maladies | Risque lié aux plaies | Risque modéré | Risque d’humidité au cœur |
| Travail nécessaire | Très long (plusieurs passages) | Moyen | Quasi nul |
| Place au sol | Très peu (40 cm entre plants) | Moyenne | Beaucoup (80 cm minimum) |
| Idéal pour | Serre, petits espaces, récolte précoce | Plein champ, variétés nombreuses | Jardinier débutant, production de sauce |
Les erreurs fréquentes à éviter
Que vous choisissiez de tailler ou non, certaines erreurs peuvent ruiner votre récolte.
- Tailler un jour de pluie : les plaies cicatrisent mal et les maladies s’installent. Attendez une journée sèche et ensoleillée.
- Couper des gourmands trop gros : si vous les laissez dépasser 0,5 cm de diamètre, la cicatrice est grande et la plante perd beaucoup d’énergie à cicatriser.
- Tailler sans désinfecter : vos outils peuvent transmettre des virus d’un plant à l’autre. Passez un coup d’alcool à 70° entre chaque plant, surtout si vous avez déjà eu des problèmes de maladies.
- Oublier le tuteurage : un plant non taillé devient lourd et peut s’affaisser sous le poids des fruits. Prévoyez des tuteurs solides ou un treillis.
- Ne pas aérer le pied : même si vous ne taillez pas, retirez les premières feuilles au niveau du sol pour éviter que l’humidité ne stagne. Cela réduit le risque de mildiou.
Quand tailler et quand laisser faire ?
La décision dépend de vos objectifs et de votre contexte. Voici quelques cas concrets :
Vous avez une serre ou un petit potager : taillez sur une ou deux tiges. Vous gagnerez de la place, vos fruits seront plus gros et vous pourrez planter plus de variétés. La taille en serre est aussi plus facile car les plants sont protégés de la pluie.
Vous cultivez en plein champ, dans une région humide : préférez une taille modérée (3 à 4 tiges). Cela permet à l’air de circuler tout en limitant les plaies. Évitez de tailler en période de pluie.
Vous êtes débutant ou vous jardinez pour le plaisir : ne taillez pas. Vous éviterez les erreurs de coupe, les maladies liées aux plaies, et vous aurez une récolte abondante, même si elle est plus tardive. Vous pouvez toujours enlever les gourmands les plus bas pour aérer le pied.
Vous voulez produire de la sauce tomate : ne taillez pas. Vous aurez beaucoup de fruits qui mûriront en même temps en fin de saison, parfaits pour une grosse session de conserves.
Vous partez en vacances en juillet ou août : ne taillez pas. Les fruits mûriront plus tard, ce qui vous évitera de rentrer pour récolter.
Un dernier conseil avant de prendre votre sécateur
La taille des gourmands n’est pas une obligation. C’est un outil, pas une règle. Si vous taillez, faites-le proprement, par temps sec, et aidez la cicatrisation avec de la poudre de lithothamne ou de l’argile. Si vous ne taillez pas, acceptez que vos fruits soient un peu plus petits et mûrissent plus tard, mais profitez d’un jardin moins exigeant en travail. L’essentiel est de choisir en connaissance de cause, pas par peur de faire une erreur. Et si vous hésitez encore, testez les deux méthodes sur quelques plants : vous verrez vite ce qui fonctionne chez vous.