Vous l'avez peut-être croisée sans la voir. Posée sur une marguerite, un rosier blanc ou une fleur de gaura, une toute petite araignée blanche attend, immobile. On l'appelle thomise variable, ou araignée crabe. Loin des grosses mygales velues qui font peur, celle-ci est un prédateur discret et redoutable du jardin. Elle ne tisse pas de toile. Sa technique est autre : le camouflage et l'affût.

Pourquoi dit-on que la thomise ressemble à un crabe ?

Le surnom d'araignée crabe vient de sa posture et de sa démarche. Ses deux paires de pattes avant sont nettement plus longues que les arrière. Elle les tient écartées et relevées, prêtes à attraper une proie. Quand elle se déplace, elle le fait souvent sur le côté, par petites saccades, exactement comme un crabe sur le sable. Cette morphologie lui permet de saisir des insectes en plein vol, comme les abeilles ou les syrphes, sans avoir besoin de toile pour les piéger.

Araignée blanche au jardin : qui est la thomise ?
Araignée blanche au jardin : qui est la thomise ?

Le mâle et la femelle ne se ressemblent pas beaucoup. La femelle mesure entre 7 et 11 millimètres, le mâle est plus fin et ne dépasse pas 5 millimètres. Le mâle a le corps brun ou rougeâtre avec une bande claire au milieu. La femelle est blanche, jaune ou parfois vert pâle, avec parfois des lignes rouges sur les côtés de l'abdomen.

Comment la thomise variable change-t-elle de couleur ?

Son nom "variable" vient de sa capacité à ajuster sa couleur selon la fleur où elle chasse. C'est ce qu'on appelle l'homochromie. Quand elle se pose sur une fleur jaune, des pigments jaunes remontent à la surface de sa cuticule. Sur une fleur blanche, ces pigments redescendent dans les couches profondes, et la couleur blanche de fond, due à des dépôts de guanine, réapparaît.

Ce changement n'est pas instantané. Il faut entre un et six jours à l'araignée pour arborer la couleur du substrat. Les mâles et les jeunes thomises ne possèdent pas cette capacité. Ils restent bruns ou blanchâtres. Ce camouflage sert probablement à tromper les proies, mais aussi à se protéger des prédateurs comme les oiseaux, les crapauds ou les guêpes. Une étude citée par le site Le Monde des Insectes suggère même que cela pourrait protéger l'araignée des rayons UV.

Où et quand observer la thomise au jardin ?

La thomise variable est commune dans toute l'Europe et en France. On la trouve dans les prairies, les lisières de forêt, les zones agricoles et bien sûr les jardins. Elle affectionne les endroits ouverts et ensoleillés, avec des fleurs. La période d'observation s'étend de mai à juillet, parfois jusqu'à la fin de l'été.

Regardez attentivement les fleurs blanches et jaunes : marguerites, gauras, rosiers, achillées, séneçons. La thomise se tient souvent au cœur de la fleur, parfaitement immobile. Parfois elle se cache derrière un pétale ou une feuille qu'elle a recourbés. C'est aussi sous une feuille pliée qu'elle protège sa ponte, dans une sorte de petite nurserie soyeuse.

Araignée blanche au jardin : qui est la thomise ?
Araignée blanche au jardin : qui est la thomise ?

Que mange l'araignée crabe et comment chasse-t-elle ?

La thomise ne tisse pas de toile. Elle chasse à l'affût. Postée sur une fleur, elle attend qu'un insecte butineur vienne se poser. Ses proies favorites sont les abeilles, mais elle attrape aussi des mouches, des guêpes, des papillons, des sauterelles et des punaises. Elle n'hésite pas à s'attaquer à des insectes plus gros qu'elle.

Quand une proie s'approche, la thomise bondit et la saisit avec ses pattes avant. Elle plante ses crochets derrière la tête de la victime et injecte un venin qui l'immobilise rapidement. Ensuite, elle tire l'insecte à l'écart, à l'abri, pour le déguster tranquillement. Ce venin est inoffensif pour les humains. Au pire, une morsure provoque une petite irritation locale.

La thomise nuit-elle aux abeilles et à la pollinisation ?

C'est une question légitime. Si les thomises sont nombreuses dans un jardin, elles capturent des butineurs. Des études menées par l'ENS de Lyon indiquent que le nombre d'insectes pollinisateurs peut diminuer en présence de fortes populations d'araignées crabes. Mais cette baisse serait davantage due à un comportement d'évitement des insectes, qui fuient la zone à risque, qu'à la prédation elle-même.

En pratique, dans un jardin équilibré, la thomise fait partie de la chaîne alimentaire. Elle régule les populations d'insectes, et elle-même sert de repas à des oiseaux, des crapauds ou d'autres araignées. La biodiversité fonctionne ainsi. Si vous voulez favoriser les pollinisateurs, plantez une grande diversité de fleurs et évitez les pesticides. La thomise ne sera pas un problème, sauf peut-être si vous êtes apiculteur et que vos ruches sont juste à côté d'un massif de fleurs très fréquenté par les araignées crabes.

Faut-il s'en débarrasser ou la laisser faire ?

La thomise est un auxiliaire du jardin, pas un nuisible. Elle ne fait pas de dégâts sur les plantes, ne tisse pas de toiles dans les coins de la maison et ne présente aucun danger pour les humains ou les animaux domestiques. Son rôle de prédatrice d'insectes est utile, même si elle attrape aussi des pollinisateurs. Dans un potager ou un jardin d'ornement, elle participe à l'équilibre naturel.

Si vous la croisez sur une fleur, observez-la plutôt que de l'écraser. C'est une chasseuse fascinante, capable de s'adapter à son environnement avec une intelligence que l'on n'attend pas toujours d'un si petit animal. La laisser vivre, c'est accepter que le jardin soit un écosystème vivant, où chaque créature a sa place, même celle qui ressemble à un crabe et qui se cache sur une marguerite.