Vous avez remarqué ces longues tiges fines qui partent du cœur de vos fraisiers en juin ou juillet ? Elles sont d’un vert plus clair que le reste de la plante, et semblent presque ne pas en faire partie. Ce sont les stolons. Chaque plant sain en produit entre 10 et 12 par an en moyenne. Dès qu’ils touchent le sol, ils s’enracinent et donnent naissance à un nouveau fraisier. C’est le mode de multiplication naturel de l’espèce. Mais faut-il les laisser faire ou les supprimer ? La réponse dépend de votre objectif : privilégier la récolte ou augmenter votre nombre de plants.
Couper les stolons pour préserver la production de fruits
Si vous cherchez avant tout à obtenir des fraises grosses et sucrées, la coupe des stolons est la bonne décision. Ces tiges puisent beaucoup d’énergie dans la plante mère. En les laissant se développer, vous affaiblissez le fraisier principal, qui consacre alors ses ressources à fabriquer de nouveaux plants plutôt qu’à nourrir ses fruits. Le résultat est souvent décevant : des fraises plus petites, moins nombreuses, et un plant qui s’épuise plus vite.

Pour limiter cette perte d’énergie, il faut couper les stolons régulièrement. Une intervention par semaine suffit. Utilisez un sécateur propre et tranchez à environ 1 à 2 cm de la plante mère. Ne tirez pas sur la tige pour l’arracher, vous risqueriez d’endommager le cœur du fraisier. Certains jardiniers retirent aussi les fleurs en surnombre au moment de la floraison, ce qui concentre encore davantage la sève sur les fruits restants. Le guide de l’art de vivre au jardin (édition 2008-2009) le confirme : en supprimant régulièrement les stolons et les fleurs en trop, on obtient des plants plus forts et des fruits plus gros.
Replanter les stolons pour multiplier vos fraisiers
Si vous souhaitez agrandir votre parcelle ou remplacer des plants vieillissants, les stolons sont une solution simple et gratuite. Pas besoin d’acheter de nouveaux plants chaque année. La méthode la plus fiable consiste à laisser les stolons s’enraciner avant de les séparer de la mère.
Voici comment procéder :
- Repérez un stolon vigoureux, encore attaché au fraisier principal.
- Placez un petit pot rempli de terreau à côté de la plante mère.
- Plantez le stolon dans ce pot, sans le détacher. Maintenez-le en place avec une petite agrafe ou une pierre.
- Arrosez régulièrement pour que la terre reste fraîche.
- Attendez le mois d’août ou septembre : à ce moment-là, le jeune plant a formé suffisamment de racines pour être indépendant.
- Coupez le lien qui le relie à la mère et installez-le à son emplacement définitif.
Vous pouvez aussi couper les stolons dès le mois de juin, sans attendre l’enracinement. Placez-les alors dans un récipient d’eau ou directement dans un pot de terre. Ils développeront des racines en quelques semaines. Le repiquage se fait également en août. Dans les deux cas, les jeunes plants donneront leurs premières fraises l’année suivante.
Le risque du laisser-faire : une multiplication anarchique
Ne rien faire peut sembler plus simple. Mais en pratique, laisser les stolons s’enraciner librement pose plusieurs problèmes. Les nouveaux plants poussent très près de la mère, souvent à quelques centimètres seulement. Ils manquent alors d’espace pour se développer correctement. La concurrence pour l’eau et les nutriments devient rude, et tous les plants s’en retrouvent affaiblis, y compris le pied d’origine.
Un autre inconvénient : le pullulement rapide. Un seul fraisier peut donner une dizaine de descendants en une saison. Si vous ne contrôlez pas le processus, votre parcelle se transforme en un tapis dense de plants chétifs, peu productifs. Les fruits deviennent plus petits et moins nombreux. C’est pourquoi de nombreux jardiniers coupent systématiquement les stolons, sauf ceux qu’ils destinent à la multiplication.

Quelques erreurs fréquentes à éviter
La première erreur est de vouloir tout garder. Même si vous souhaitez multiplier vos fraisiers, ne conservez pas tous les stolons d’un même pied. Limitez-vous à deux ou trois par plant mère, les plus robustes. Les autres doivent être coupés pour ne pas épuiser inutilement la plante.
Deuxième erreur : séparer le stolon trop tôt. Un jeune plant détaché avant d’avoir des racines solides a peu de chances de survivre. Attendez qu’il ait formé plusieurs feuilles et un système racinaire visible. Le mois d’août est une bonne période, car les températures sont encore douces et permettent une reprise rapide.
Troisième erreur : négliger la fertilisation après le repiquage. Un jeune plant a besoin de nutriments pour s’installer. Utilisez un engrais spécial fraisier, au moment du repiquage puis au printemps suivant. Cela favorise un bon développement et une première récolte satisfaisante.
Un compromis possible : couper la plupart, en garder quelques-uns
Vous n’êtes pas obligé de choisir entre tout couper ou tout laisser. La solution la plus courante chez les jardiniers expérimentés est de couper les stolons pendant la période de production des fruits, pour ne pas pénaliser la récolte. Puis, en milieu ou fin de saison, une fois les dernières fraises cueillies, on laisse quelques stolons s’enraciner pour renouveler les plants.
Rappelez-vous qu’un fraisier reste productif environ deux ans. Passé ce délai, il produit moins et mérite d’être remplacé. Garder quelques stolons chaque année vous permet d’avoir toujours des plants jeunes et vigoureux, sans acheter de nouveaux pieds. Cette rotation simple est la clé d’un fraisier durable.
Alors, couper ou replanter ? Si vous voulez des fraises abondantes cette saison, coupez sans hésiter. Si vous penseez à l’année prochaine et que vous voulez agrandir votre parcelle gratuitement, conservez deux ou trois stolons bien placés et suivez la méthode du pot. Mais ne laissez jamais faire la nature sans surveillance : le risque est de perdre en qualité ce que vous gagnez en quantité.



